Delphi, une alternative à WinDev ?

WinDev et Delphi ont été concurrents depuis leur sortie mais la philosophie derrière chacun est bien différente comme leur approche de la programmation de logiciels pour Windows et d'autres plateformes.

 

Les points communs des deux outils ? Leur façon de concevoir des écrans par drag&drop de composants, le lien entre ces composants et le code des programme, la compilation sous forme d'exécutables, en dehors de ça pas grand chose...

 

PC Soft a une approche objets métier pour WinDev, un langage de programmation maison (WLanguage) en français ou en anglais (et je crois aussi en espagnol) avec une commande par action, un code WLangage transpilé dans un “vrai” langage de programmation avant compilation ou basée sur des runtimes inclus ou payants selon les versions. Les développeurs sont essentiellement français et peu visibles en ligne. L'environnement de développement comme les projets créés sont hermétiques et dans des formats propriétaires non documentés. Aucune porte de sortie n'est possible à part un redéveloppement complet en autre chose. Ce qui est fait dans WinDev reste dans WinDev. La définition pure de ce que sont des “clients captifs”.

Borland et ses successeurs jusqu'à Embarcadero ont plutôt fourni les briques pour qu'on fasse tout ce qu'on veut. Le langage est une variante objet du Pascal, langage souvent jugé de verbeux(*), très fortement typé, créé en 1970 pour enseigner la programmation. L'environnement de développement, essentiellement développé sous Delphi, est extensible par ses utilisateurs à travers une API publique. Les codes sources des librairies et composants sont fournis dans le dossier d'installation pour permettre de comprendre le fonctionnement de ce qu'on embarque dans nos programmes et s'en inspirer. Une forte communauté mondiale est à l'origine de nombreuses librairies et composants visuels comme non visuels depuis le lancement en 1995. Des objets métier clés en mains, équivalents de ce que propose WinDev, sont disponibles soit en open source, soit à travers des éditeurs partenaires. Pas de runtime, des projets stockés sous forme de fichiers textes ou en XML, créables et modifiables à la main dans un simple éditeur de texte, par programmes ou d'autres logiciels. Des alternatives à Delphi existent sous forme de projets libres ou commerciaux. Elles permettent de maintenir un fort niveau de concurrence et une certaine garantie de liberté à ses utilisateurs.

 

PC Soft fait tout en interne même s'ils ont un réseau mondial de revendeurs. De la création de l'outil à sa commercialisation, il n'y a aucun intermédiaire. En dehors des campagnes de publicité plus ou moins critiquées par leur abus de strings et soutiens gorges sur des plages au soleil, omniprésentes dans la presse informatique pendant 30 ans, WinDev représente un micro marché de la programmation de logiciels et de sites web.

De son côté, Delphi a toujours été distribué en direct ou par des sociétés partenaires selon les pays. Chacun devant s'occuper de la promotion de l'outil sur son marché local. Une approche qui a conduit à une absence de publicités dans la presse française vu le peu d'impact que ça avait par rapport à d'autres techniques de vente.

 

Sur la version de juin 2026 de leur site web, PC Soft revendique une présence dans 146 pays (ce qui ne veut pas dire grand chose) et 188000 “développeurs pro”.

De son côté Embarcadero revendique plus de 3 millions d'utilisateurs dans le monde. Le marché francophone n'est pas le plus visible en ligne mais nous sommes quelques milliers de développeurs avec des licences à jour.

Dans un cas comme dans l'autre on ne sait pas si le comptage correspond au nombre de licences actives ou au nombre de licences émises. On a cependant une notion de grandeur suffisante pour comparer l'intérêt des développeurs pour ces deux environnements de développement RAD.

 

Les développeurs WinDev ont été habitués à faire les mises à jour annuelles. Peu de projets sont maintenus sur des versions historiques de l'environnement, mais difficile de vraiment le savoir puisque ces projets sont essentiellement internes à des entreprises et que personne ne communique vraiment sur ce qu'il utilise.

Il existe encore de (trop) nombreux utilisateurs des versions 7, 2005 ou 2009 de Delphi, qui n'ont jamais renouvelé leurs licences, et qui sont toujours satisfaits des programmes qu'ils produisent avec pour toutes les versions de Windows.
On peut d'ailleurs saluer la (trop rare) constance de Microsoft sur la compatibilité ascendante de leur API Win32 et les choix de conception des décideurs de chez Borland à l'époque.

 

Lorsqu'on passe à une nouvelle version de WinDev, les projets sont convertis à la nouvelle version et ne peuvent plus être ouverts dans une précédente. Tous les développeurs d'une équipe doivent basculer ensemble.

Lorsqu'on passe à une nouvelle version de Delphi rien de particulier ne se passe. Les codes sources n'ont pas de raison d'être modifiés. Le fichier des options de projet (en XML) est adapté pour les nouveautés et changements. Rien n'empêche de continuer à travailler sur une version antérieure si le projet était compatible ou sur plusieurs versions à la fois à condition de n'utiliser que les fonctionnalités (ou dépendances extérieures) compatibles.
C'est très pratique quand on travaille en équipe.

 

Gros avantage de Delphi face à WinDev : la compatibilité des codes sources avec tous les systèmes de gestion de versions. Les fichiers liés à un projet sont tous en texte.

git, Subversion, Mercurial et les autres prennent en charge sans aucune difficulté les projets Delphi alors qu'ils voient les projets WinDev comme du binaire et ne peuvent rien en tirer.

Raison pour laquelle PC Soft propose son propre système de gestion de version des sources alors que Delphi n'en a pas besoin. Embarcadero propose quand même quelque chose de très simple pour suivre l'historique des fichiers des projets quand on n'utilise pas de gestionnaire de version de sources (CVS).

Ca impacte le nombre de projets en open source, visibles publiquement, sans avoir à installer l'outil de développement qui a servi à les produire.

 

Depuis son rachat par une société canadienne, PC Soft a fait évoluer sa politique commerciale : de licences perpétuelles validées par un dongle fonctionnant “à vie”, WinDev est passé au SaaS en 2026 puis l'utilisation des bases de données sont devenus payants au nombre de sessions pour tous les utilisateurs de logiciels développés sous WinDev, entrainant l'incompréhension générale des développeurs et éditeurs ayant passé 30 ans à utiliser la solution et distribuer sans contrainte les logiciels qu'ils produisaient.

Le modèle de licences de Delphi n'a pas bougé depuis son lancement : une licence perpétuelle (avec un nombre limité d'activations) avec un paiement pour obtenir les mises à jour (correctifs et nouveautés) soit sous forme d'une nouvelle licence perpétuelle, soit sous forme d'un “abonnement” annuel (renouvelable sur demande, pas d'engagement contraint ni de tacite reconduction). Embarcadero, propriété d'Idera, ne semble pas vouloir bouger sur ce point.

Avoir des alternatives et une vraie concurrence pour les développeurs en Pascal devrait durablement garantir ce fonctionnement. Abandonner les licences perpétuelles pour Delphi reviendrait à le tuer et porterait préjudice à de nombreux éditeurs partenaires, ce qui serait stupide dans le contexte actuel du marché des outils de développement où l'IA et la mode du "web pour tout" font déjà beaucoup de mal.

Et ce choix suicidaire, c'est à mon sens celui que PC Soft vient de faire pour WinDev en changeant tout sans préavis ni proposer d'alternative à ses utilisateurs ayant accepté de passer au SaaS. Peut-être le dernier acte d'une société qui a du mal à trouver de nouveaux clients et dont les existants partaient soit en retraite, soit vers le web et l'IA comme trop de monde dans le milieu. Ou alors c'est juste un exemple de plus d'un investissement purement financier effectué par une entreprise désireuse de maximiser un marché captif avant sa disparition ?

 

La nouvelle version du site Internet de PC Soft (juin 2026) contribue aussi au flou et à l'incertitude : il n'y a plus de grille tarifaire. Le lien “tarifs” en pied de page envoie sur le formulaire de contact disant plus ou moins que le prix est à la tête du client (logique quand on imagine comment va fonctionner leur nouvelle tarification des bases de données à la session).

De son côté Embarcadero maintient sa grille tarifaire publique tout en ayant en proposant des offres promotionnelles régulières, de l'échange concurrentiel ou des offres dégressives par l'intermédiaire de ses revendeurs partenaires.

 

PC Soft propose WinDev Express, une version gratuite bridée de WinDev, qui permettrait de travailler sur une projet perso quand on est un particulier. La politique de paiement au runtime rend la distribution gratuite de projets libres totalement impossible.

Delphi est disponible en Community Edition pour une utilisation non commerciale. Cette version est pleinement fonctionnelle. La licence est à l'année. Elle doit être renouvelée par l'utilisateur pour confirmer qu'il la respecte toujours. Delphi Community Edition correspond en général à la dernière mise à jour de la version Professional majeure précédente pour laisser un avantage aux développeurs payants, sans nuire à la créativité des particuliers ou petites structures sans financement. Elle peut être utilisée sur des projets privés comme open source. Des restrictions peuvent s'appliquer sur la taille des projets ou s'il s'agit de projets d'entreprises détournant la licence standard pour tenter de gagner quelques euros.

 

PC Soft propose des licences à destination des étudiants, des enseignants et établissements. Les licences sont annuelles et gratuites sous réserve de ne pas les utiliser pour développer des logiciels internes à l'établissement et de ne pas les diffuser. Ca reste une utilisation stricte dans le cadre de l'apprentissage.

Embarcadero propose aussi un programme de licences Academic pour les enseignants et les établissements. Les étudiants peuvent bénéficier de ces licences ou peuvent tout simplement télécharger une licence Community Edition sur leurs ordinateurs. L'avantage de l'édition Academic est qu'elle correspond à la licence Enterprise à jour.
A ma connaissance la seule limitation est l'usage dans un cadre non commercial de l'outil et des projets créés par son intermédiaire.

 

Côté visibilité en ligne l'indice Tiobe est plutôt intéressant. Pas de trace du WLangage ni de WinDev, c'est logique. Je suppose que leurs utilisateurs sont essentiellement francophones et se servent de ce que fourni PC Soft pour le support plutôt que trainer sur les moteurs de recherches à taper des requêtes qui alimenteraient l'index. PC Soft n'a jamais dû faire la démarche pour demander à Tiobe de l'ajouter à la liste des langages surveillés pour éviter d'être relégué aux fins fonds du classement ou par manque d'intérêt.

En revanche Delphi et l'Object Pascal sont classés dans le top 10 depuis plusieurs mois. Sachant que le Pascal est surveillé à part, ça entraine une sous évaluation de la position du langage mais ne devrait pas avoir d'impact sur celle de Delphi.

 

Côté visibilité des utilisations publiques du langage, avez-vous connaissance de projet WinDev qui seraient accessibles du grand public ? Les deux seuls projets qui me viennent en tête c'est le vieux logiciel de Coliposte qui permettait aux professionnels d'imprimer leurs étiquettes Colissimo et l'extranet clients de la société de domiciliation chez qui est actuellement hébergée ma société Olf Software.

En revanche, pour Delphi, il y a des millions d'utilisateurs quotidiens (qui ne le savent pas) rien qu'en Angleterre. Je peux même citer quelques logiciels de tête : FL Studio, Inno Setup, Skype (dans ses versions avant rachat et abandon par Microsoft) ou encore 1Password pour les plus connus et qui le disent sans honte de paraître désuets. Ian Barker, developer advocate d'Embarcadero, avait consacré une session de ses 30 webinaires pour 30 ans aux projets créés avec Delphi.

 

Delphi comme WinDev sont ou ont été très utilisés dans l'industrie. Les deux proposaient une solution sans runtime payant aux usines qui avaient l'habitude de se voir imposer des redevances de plusieurs milliers d'euros par poste installé.

Il ne reste plus que Delphi pour correspondre à ce profil de licence développeur payée une fois et permettant de distribuer gratuitement ou commercialement les projets en restant totalement libre de notre politique commerciale et du prix facturé aux clients finaux.

 

Si vous voyez des erreurs dans ce que j'ai écrit, merci de me les signaler. Je corrigerai bien entendu cette page en fonction des évolutions dont j'aurai connaissance.

Si vous avez des questions concernant une éventuelle migration de vos projets WinDev vers Delphi ou désirez une démonstration de Delphi, n'hésitez pas à me le dire, contacter les équipes de vente d'Embarcadero ou l'un de leurs revendeurs partenaires comme par exemple Barnsten pour le BENELUX.

Je suis (ir)régulièrement en direct sur Twitch ou YouTube. Vous pouvez aussi utiliser l'espace de dialogue public pour des questions (pas trop spécifiques) à ces moments là.

 

(*) Verbeux ? Je préfère dire structuré, lisible et structurant.

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